De l'IMC élevé au 'look GLP-1' : comment les injections amaigrissantes changent les visages de la beauté

Une analyse de la section Art et Design du Guardian explore la façon dont les injections amaigrissantes à base d'agonistes des récepteurs GLP-1 — dont Wegovy, Mounjaro et Saxenda — redessinent les perceptions occidentales de la beauté et du corps. L'autrice Charlotte Higgins compare les corps historiquement idéalisés au 'look GLP-1' contemporain.
L'article souligne que la peinture de la Renaissance, en particulier les œuvres du Titien et de Rubens, idéalisait des corps féminins plus pleins et plus ronds. Ce type de corps, dans les conditions de disette de l'époque, était perçu comme un marqueur de prospérité. Higgins relève que même la Joconde de Léonard de Vinci se situerait, selon les mesures actuelles, proche d'un IMC élevé.
Aujourd'hui, une esthétique opposée associée à l'usage des médicaments GLP-1 émerge : 'pommettes saillantes, traits du visage tendus, perte de poids spectaculaire'. Sur les réseaux sociaux, on parle parfois de 'visage Ozempic'. Les dermatologues notent qu'une perte de poids rapide entraîne une perte de volume facial, qui apparaît comme un effet secondaire de la médication.
La professeure de culture visuelle au King's College de Londres Sarah Thornton a déclaré au Guardian : 'Cette tendance représente un profond changement dans le sens social du corps ; les corps qui symbolisaient historiquement le pouvoir et la prospérité deviennent maintenant, par intervention pharmacologique, des corps « contrôlés ».'
L'analyse du Guardian aborde aussi la réponse de l'industrie de la mode. Selon un rapport 2026 du cabinet d'analyse de la mode new-yorkais Edited, l'IMC moyen des mannequins de prêt-à-porter de luxe a baissé de 8 % entre 2020 et 2025. La directrice d'Edited Ana Andjelic a déclaré : 'Ce n'est pas une tendance que l'on peut lier directement à l'usage de médicaments amaigrissants, mais la corrélation est claire.'
L'endocrinologue de l'Université Yale Dr Ania Jastreboff a mis en garde contre l'usage de médicaments amaigrissants à des fins purement esthétiques. Dans un commentaire antérieur à STAT News, elle a déclaré : 'Les médicaments GLP-1 sont des médicaments cliniquement approuvés pour l'obésité ; l'usage esthétique pose des problèmes éthiques et de sécurité.'
L'article du Guardian traite également des implications de santé publique des tendances de beauté, au-delà de la comparaison culturelle. Le professeur de nutrition et de recherche sur l'obésité de l'Université de Glasgow Naveed Sattar a déclaré : 'Quand la société normalise une maigreur malsaine, les problèmes de santé mentale, dont les troubles alimentaires, peuvent augmenter.'
L'analyse de contenu sur les réseaux sociaux montre que les publications utilisant le hashtag 'look GLP-1' ont été multipliées par huit entre 2024 et 2026. Une part significative des créateurs de contenu TikTok et Instagram qui popularisent cette tendance disent s'être procuré les médicaments auprès de prestataires en ligne sans ordonnance médicale.
Les organismes d'éthique pharmaceutique Royal Pharmaceutical Society (RPS) et British Medical Association (BMA) soulignent les risques sanitaires de l'accès en ligne sans ordonnance. Selon le rapport de mai du RPS, les ventes en ligne de médicaments GLP-1 au Royaume-Uni ont triplé par rapport à 2024.
L'article suggère que le débat autour du 'look GLP-1' pourrait marquer le début d'une époque où les standards esthétiques sont redéfinis par des agents pharmacologiques. La discussion s'étend de la perspective d'histoire de l'art à la préoccupation contemporaine de santé publique. Cet article relève de l'information générale ; les décisions individuelles concernant les médicaments amaigrissants et les interventions esthétiques doivent être évaluées avec un professionnel de santé qualifié.