Le médicament 'triple-G' de Lilly contre l'obésité atteint en essai des niveaux de perte de poids proches de la chirurgie bariatrique

Eli Lilly a publié dans le New England Journal of Medicine les résultats de l'essai de Phase 3 du retatrutide (nom de développement LY3437943), candidat qu'il positionne comme médicament anti-obésité de nouvelle génération. L'étude en double aveugle sur 72 semaines a enregistré une perte de poids moyenne de 24 % chez les patients sous traitement — nettement supérieure aux médicaments actuels de la classe GLP-1.
Le surnom 'triple-G' vient du fait que le retatrutide cible non seulement le récepteur GLP-1 (glucagon-like peptide-1) mais aussi les récepteurs GIP et glucagon. Ce mécanisme à triple récepteur entraîne à la fois une suppression de l'appétit et une thermogenèse (la dépense énergétique de production de chaleur par le corps). La première auteure, le Dr Ania Jastreboff (Yale), précise : 'Cette combinaison de mécanismes apporte une perte de poids supérieure à ce que les monothérapies GLP-1 peuvent atteindre seules — et la perte se situe dans une fourchette comparable aux résultats de la chirurgie bariatrique.'
L'étude a inclus 2 300 participants adultes de 18 ans et plus, avec un indice de masse corporelle (IMC) initial moyen de 37,4. Les patients ont été suivis dans quatre groupes de dose : 1 mg, 4 mg, 8 mg et 12 mg, tous administrés en injection hebdomadaire. À la dose la plus élevée, la perte de poids moyenne à 72 semaines a atteint 24 %, contre 2,1 % dans le groupe placebo. Le bras à 8 mg a obtenu 21 % de perte et celui à 4 mg, 17 %.
Le profil d'effets indésirables a toutefois été mis en avant. À 12 mg, 16 % des patients ont arrêté le traitement — principalement en raison d'effets gastro-intestinaux (nausées, vomissements, diarrhée). Ce taux dépasse les 5-7 % observés en moyenne avec les GLP-1 existants. Le directeur médical de Lilly, le Dr Daniel Skovronsky, a déclaré en conférence de presse : 'C'est gérable par le protocole de titration de la dose,' précisant qu'une montée en dose sur 6-8 semaines serait recommandée en pratique clinique.
Les questions de coût et d'accès se sont rapidement posées. Lilly n'a pas encore communiqué de prix, mais les analystes anticipent un tarif catalogue compris entre 1 000 et 1 500 dollars par mois — comparable aux autres GLP-1. La décision en début d'année de la Maryland Health Services Cost Review Commission de plafonner le prix d'Ozempic a entraîné des initiatives similaires dans d'autres États américains ; le retatrutide devrait faire face à une pression comparable à son lancement.
L'un des traits les plus marquants du retatrutide est son effet cardiovasculaire. L'essai a noté une baisse moyenne de 8 mmHg de la pression artérielle systolique, une amélioration de 1,9 point de l'HbA1c et une diminution de 19 % du cholestérol LDL. La question de savoir si ces améliorations métaboliques se traduiront par une baisse à long terme du risque d'infarctus et d'AVC fait l'objet de l'essai d'événements cliniques SUMMIT-CV, sur cinq ans, que Lilly prévoit de lancer.
La classe des GLP-1 a été ces trois dernières années le segment pharmaceutique mondial à la plus forte croissance. Le Wegovy et l'Ozempic de Novo Nordisk, avec le Mounjaro et le Zepbound de Lilly, ont atteint à fin 2025 un total annuel d'environ 90 milliards de dollars. Avec sa magnitude de perte de poids et son bénéfice cardiovasculaire potentiel, le retatrutide pourrait conforter le leadership de Lilly sur ce marché.
Les réponses des autres fabricants sont également à suivre. Le CagriSema (cagrilintide + semaglutide) en développement chez Novo Nordisk a montré 22 % de perte de poids à 68 semaines ; le danuglipron oral de Pfizer n'est pas passé à la Phase 3 en raison des taux d'arrêt. Le survodutide, co-développé par Boehringer Ingelheim et Zealand Pharma, partage un mécanisme triple similaire et publiera ses données de Phase 3 plus tard cette année.
Lilly devrait déposer une demande d'autorisation auprès de la Food and Drug Administration (FDA) américaine d'ici la fin de l'année. Une mise sur le marché est probable au troisième trimestre 2026. Pour les patients qui mesurent les implications, un accompagnement médical est indispensable ; le traitement de l'obésité est un sujet médical complexe, les médicaments peuvent être une option, mais une approche globale — mode de vie, nutrition et, le cas échéant, options chirurgicales — reste essentielle.
Avertissement : Cet article est uniquement informatif et ne remplace pas un avis médical. Toute décision thérapeutique concernant l'obésité ou la gestion du poids doit être discutée avec un médecin qui examinera vos antécédents cliniques, vos traitements en cours et votre état de santé général.