Le Norwegian Church Arts Centre de Cardiff : comment une chapelle de quai est devenue un carrefour gallois-scandinave

À l'orée de Cardiff Bay se dresse une petite église en bois blanchie qui paraît, à première vue, davantage à sa place en Scandinavie qu'au pays de Galles. Son origine en est précisément l'écho : construite dans les années 1860 pour les marins norvégiens installés à Cardiff, l'Église norvégienne fonctionne aujourd'hui comme centre culturel sous le nom de Norwegian Church Arts Centre.
La capitale galloise semble un lieu improbable pour un bâtiment appelé « norvégien ». Mais au milieu du XIXe siècle, Cardiff était le port d'exportation de charbon le plus actif du monde. L'une des principales destinations transatlantiques du charbon gallois était la Norvège, dont la flotte marchande comptait à l'époque parmi les trois plus grandes du monde. Le nombre de marins norvégiens débarquant sur des navires sous pavillon norvégien à Cardiff dépassait 70 000 par an dans les années 1880.
Les besoins spirituels de cette importante communauté n'étaient pas pris en charge par les paroisses locales. L'Église d'État norvégienne, la Statskirken, l'a reconnu et a envoyé en 1866 un pasteur, Lars Ofterdal, dans la ville. Dès 1868, Ofterdal avait fait bâtir une église en bois blanchi à un seul étage sur un petit terrain loué à la famille Bute. Son architecture s'inspire clairement de la tradition de stavkirke en bois des villages de pêcheurs norvégiens, à une échelle plus modeste.
Outre les offices, l'église a servi de centre de lecture de courrier, d'abri temporaire et de maison de soins pour les marins malades. Des extraits du journal d'Ofterdal conservés aux archives municipales de Cardiff montrent qu'il dispensait premiers secours, mises à jour des registres matrimoniaux et conseils juridiques de base à au moins vingt marins par semaine dès qu'ils débarquaient.
Le paroissien le plus célèbre est probablement l'écrivain Roald Dahl, qui y fut baptisé enfant. La famille norvégienne de Dahl s'était installée à Cardiff au début du XXe siècle lorsque son père, Harald Dahl, y travaillait comme fournisseur de navires. Les mémoires Boy publiées en 1984 contiennent des passages décrivant la communauté norvégienne de Cardiff réunie à l'église le dimanche.
À mesure que les exportations charbonnières de Cardiff ont décliné au milieu du XXe siècle, la communauté norvégienne s'est rétrécie. En 1974, la Statskirken a cédé l'église à la paroisse locale et s'est retirée du pays de Galles. Le bâtiment est resté inutilisé pendant une décennie et a été confié dans les années 1980 à la Cardiff Bay Development Corporation pour restauration. Il a rouvert en 1992, défini cette fois comme un « centre culturel et artistique ».
Aujourd'hui, le Norwegian Church Arts Centre accueille une programmation annuelle d'expositions de peinture, de concerts de musique de chambre, d'ateliers culturels pour enfants et de panels universitaires sur les relations galloise-scandinaves. Un café occupe le niveau inférieur ; au menu, on trouve des brioches à la cannelle norvégiennes aux côtés du bara brith gallois. La fréquentation annuelle avoisine 130 000 visiteurs, ce qui en fait l'un des sites culturels de moyenne envergure les plus visités de Cardiff.
Le lien norvégien à Cardiff dépasse l'enceinte de l'église. La sculpture Three Sailors installée à l'entrée de Mermaid Quay en 1995 a été financée par une dotation norvégienne, et le département d'études scandinaves de l'Université de Cardiff reçoit une dotation éducative annuelle du gouvernement norvégien. Le 17 mai, jour de la Constitution norvégienne, est marqué chaque année par une cérémonie officielle dans la cour devant l'église.
Sur le plan architectural, l'église est l'un des rares bâtiments du pays de Galles à se démarquer de la tradition locale d'églises en bois. Son bardage extérieur nécessite un entretien régulier ; la dernière grande restauration, en 2018 sous l'égide de la Cardiff Bay Development Corporation, a été conduite avec le concours d'une entreprise norvégienne spécialisée dans les peintures traditionnelles de protection du bois. Une équipe d'artisans norvégiens s'est rendue à Cardiff pour une résidence de six semaines afin de refaire le bardage.
Le Norwegian Church Arts Centre est un rappel tangible de l'héritage durable laissé par la migration qu'avait jadis produite le commerce du charbon. Même si le socle économique du lien gallois-scandinave s'est réduit, sa vitalité culturelle et diplomatique perdure ; l'église reste l'une des touches les plus délicates de Cardiff Bay, un rappel quotidien de cette présence continue.