Des scientifiques alertent : les recommandations actuelles sur la vitamine B12 pourraient mettre le cerveau en danger

Une étude conjointe de l'Université de Californie Davis et de l'Université de Californie San Francisco (UCSF) suggère que les valeurs seuils actuelles de la vitamine B12 doivent être réévaluées dans la relation entre le déclin cognitif et les altérations de la substance blanche cérébrale chez les adultes âgés. Les résultats de l'étude ont été publiés la semaine dernière dans la revue Annals of Neurology.
L'étude a inclus 231 adultes âgés en bonne santé (âge moyen 71,8 ans). Tous avaient des taux de B12 dans la fourchette définie 'normale' en laboratoire ; les chercheurs ont néanmoins constaté que des niveaux plus bas (mais encore dans la norme) étaient associés à des scores de tests cognitifs plus faibles et à davantage de lésions de la substance blanche en imagerie par résonance magnétique (IRM).
L'auteur principal de l'étude, le Dr Ari Green, du service de neurologie du UC Davis Health System, a déclaré dans un communiqué que 'les recommandations officielles actuelles peuvent être insuffisantes ; le seuil optimal pour les taux de B12, en particulier chez les adultes âgés, devrait être défini bien au-dessus de ce qui est aujourd'hui accepté'. Green estime que l'étude doit relancer la conversation mondiale sur les seuils de B12 tout au long de la vie.
Les chercheurs ont déterminé que les participants du quartile le plus bas de B12 (entre 134 et 209 pmol/L) ont obtenu, aux tests cognitifs, des scores inférieurs de 0,4 écart-type par rapport au quartile le plus élevé (au-dessus de 300 pmol/L). Les examens d'IRM ont montré que les lésions de la substance blanche cérébrale (en particulier dans les zones sous-corticales) étaient nettement plus fréquentes dans ce groupe.
Une nuance importante : les participants à l'étude ne présentaient pas de carence en B12 cliniquement diagnostiquée. L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et la National Academy of Medicine américaine acceptent la borne inférieure actuelle de 148 pmol/L ; l'étude suggère toutefois que, pour préserver la santé cognitive, le seuil devrait se situer au-dessus de 200 pmol/L.
Sur le plan mécanistique, la vitamine B12 est un cofacteur essentiel à la production de la gaine de myéline, qui joue un rôle clé dans la transmission des signaux nerveux. Une B12 basse réduit la production de myéline, ce qui fournit l'explication biologique sous-jacente aux résultats IRM de l'étude. Le Dr Joel Kramer, de l'UCSF, qui a participé à la recherche, a déclaré à Science Daily que 'les effets neurologiques de la B12 sont déjà un phénomène connu ; cette étude apporte une preuve claire de la raison pour laquelle il faut redessiner les seuils'.
Quel est l'enseignement pratique pour la population générale ? Moins de la moitié des participants à l'étude (41 %) prenaient un supplément de B12 connu ; néanmoins, parmi ceux qui se supplémentaient, 38 % n'atteignaient pas le niveau considéré comme optimal, à 300+ pmol/L. L'efficacité d'absorption de la B12 diminue avec l'âge ; les personnes non véganes ou non végétariennes peuvent donc aussi être à risque.
La nutritionniste indépendante de l'étude, la Dre Edith Heys, de l'Université Tufts, a déclaré à BBC Health Online que 'cette étude marque un tournant pour les diététiciens ; quand nous évaluons nos patients globalement, interpréter les taux de B12 selon des limites 'normales' temporaires n'est pas la bonne approche'. Heys a rappelé que la supplémentation peut être appliquée sans risques d'effets secondaires comme la chute de cheveux.
Une mise en garde sur la lenteur possible de la traduction clinique a été émise par la Dre Maria Hubbard, porte-parole du panel nutrition de l'EFSA : 'une révision des seuils ne se décide pas sur la base d'une seule étude ; les recommandations ne changent qu'une fois les mêmes résultats confirmés par plusieurs cohortes indépendantes'. Hubbard a indiqué qu'une nouvelle évaluation EFSA est prévue pour début 2027.
Les niveaux de B12 doivent être évalués individuellement. Cet article est un commentaire d'actualité scientifique et non un avis médical ; en cas de doutes sur vos niveaux de B12, il est recommandé d'évoquer avec votre médecin un simple bilan sanguin. Les doses de supplémentation sont déterminées en tenant compte de facteurs comme la fonction rénale et les traitements en cours.