La candidate de Trump au poste de Surgeon General vend un complément contenant un ingrédient interdit par le Pentagone

Un complément alimentaire promu par la radiologue Dr Nicole Saphier — candidate du président américain au poste de Surgeon General — en tant que partenaire de marque contiendrait un ingrédient que le département américain de la Défense (le Pentagone) interdit au personnel militaire, selon une enquête de The Guardian. Le produit est commercialisé comme un complément 'bien-être' et contient une substance que le Pentagone a retirée de sa liste des ingrédients militaires actifs pour des raisons de sécurité en 2023.
Le Surgeon General est le titre du responsable qui dirige le Public Health Service Commissioned Corps américain et formule des recommandations officielles de santé publique au niveau fédéral. Le rôle porte une autorité scientifique sur un large éventail de sujets — des campagnes antitabac aux guides nutritionnels, de la préparation aux épidémies aux avertissements sur le temps d'écran des enfants. La nomination de Saphier est en cours d'examen au sein de la commission de la santé du Sénat ; les conclusions de The Guardian ont déclenché un débat qui devrait émerger lors des auditions de confirmation.
The Guardian a confirmé le recoupement en comparant la liste des ingrédients du produit avec le catalogue des ingrédients interdits du Pentagone. Le Pentagone interdit certains ingrédients de compléments — en particulier ceux à effet stimulant — pour des raisons de performance et de sécurité sanitaire du personnel militaire ; la liste est régulièrement mise à jour et gérée par le programme Operation Supplement Safety (OPSS). Un porte-parole de l'OPSS a déclaré à The Guardian : 'les ingrédients figurant sur la liste sont interdits parce qu'ils ne sont pas jugés appropriés pour l'usage militaire ; cela ne signifie cependant pas que l'ingrédient est interdit par la FDA pour l'usage civil' — une distinction importante qui souligne l'écart entre les deux cadres réglementaires.
Les compléments alimentaires aux États-Unis relèvent d'un cadre réglementaire différent de celui des médicaments à la FDA. En vertu du Dietary Supplement Health and Education Act (DSHEA) de 1994, les compléments ne nécessitent pas d'approbation de la FDA avant d'arriver sur le marché ; le fabricant est responsable de la sécurité et de l'exactitude de l'étiquetage, et la FDA ne peut intervenir qu'après la mise sur le marché. Selon une analyse de la journaliste de politique sanitaire de The Guardian Jessica Glenza, ce cadre a accéléré la croissance de l'industrie des compléments mais créé des lacunes réglementaires — particulièrement lorsque les partenariats de marque de figures publiques sont en jeu.
Les experts en réglementation estiment que le lien d'une candidate au poste de Surgeon General avec une marque commerciale de compléments pourrait poser problème sous l'angle du conflit d'intérêts. La professeure Leana Wen, de l'École de santé publique de l'université George Washington, a déclaré à The Guardian que 'la perception par le public de l'indépendance des conseils de santé du Surgeon General vis-à-vis des intérêts commerciaux est essentielle à la base de confiance publique du poste'. Wen, ancienne commissaire à la santé de Baltimore, a ajouté que 'tout lien financier qu'une personne occupant ce poste entretient avec un produit de santé commercial doit être entièrement résolu avant la confirmation'.
Un représentant du Dr Saphier a déclaré à The Guardian : 'le Dr Saphier a mené toutes les évaluations relatives à la formulation scientifique du produit avec des experts indépendants ; le produit respecte toutes les exigences de la FDA et est légal pour l'usage civil'. Le représentant a également indiqué que, si elle est confirmée, Saphier 'résoudra tous ses liens commerciaux conformément aux règles éthiques fédérales'. Le fait que l'interdiction du Pentagone soit indépendante de la réglementation civile de la FDA est au cœur de la défense de Saphier.
L'industrie des compléments aux États-Unis est un marché dépassant 60 milliards de dollars par an ; le secteur a connu une croissance rapide au cours de la dernière décennie, les influenceurs sur les réseaux sociaux et les partenariats de marque de figures publiques étant un moteur important de cette croissance. The Guardian a souligné que les pratiques marketing du secteur devancent le cadre réglementaire — particulièrement dans les catégories 'bien-être' et 'longévité', où le standard de preuve scientifique est faible. Des organismes du secteur tels que le Council for Responsible Nutrition (CRN) soutiennent en revanche que le cadre actuel est adéquat.
Le processus d'approbation de la commission de la santé du Sénat se poursuivra dans les semaines à venir. La sénatrice démocrate Patty Murray (Washington), membre de la commission, a déclaré à la suite des conclusions de The Guardian que 'pour un poste exigeant une autorité scientifique comme celui de Surgeon General, la relation de la candidate avec des produits de santé commerciaux doit être examinée de manière transparente'. Les membres républicains de la commission, pour leur part, mettent en avant l'expertise de Saphier en radiologie et son expérience en communication de santé publique.
La question du conflit d'intérêts est un débat récurrent dans la nomination des responsables de santé publique aux États-Unis. De précédents Surgeons General ont également fait l'objet d'un examen pour divers liens commerciaux, et la plupart ont résolu leurs liens financiers avant la confirmation. The Guardian a noté que l'affaire Saphier a relancé le débat plus large aux États-Unis sur la régulation de l'industrie des compléments et sur les normes de conflit d'intérêts des responsables de santé publique.
Cet article ne constitue pas un avis médical. L'usage de compléments alimentaires, en particulier lorsqu'ils sont pris en association avec des médicaments sur ordonnance, devrait être évalué en consultation avec un professionnel de santé. The Guardian a annoncé qu'il publierait un suivi sur le déroulement des auditions de confirmation de Saphier au Sénat dans les semaines à venir et sur d'éventuels débats de réforme du cadre réglementaire de l'industrie des compléments.