Un médicament d'immunothérapie montre des résultats prometteurs contre la dépression au Royaume-Uni

Un essai clinique de phase précoce mené à l'université de Bristol a montré que le médicament d'immunothérapie tocilizumab a produit des résultats positifs chez des patients dépressifs qui ne répondent pas aux antidépresseurs classiques. La recherche est considérée comme une découverte prometteuse qui pourrait ouvrir une nouvelle voie de traitement pour la dépression résistante au traitement.
Le tocilizumab est un anticorps monoclonal normalement utilisé contre la polyarthrite rhumatoïde et d'autres maladies auto-immunes. Le médicament cible une molécule de signalisation appelée IL-6 (interleukine-6) ; IL-6 est une cytokine connue pour jouer un rôle à la fois dans l'inflammation et la régulation de l'humeur.
L'étude, dirigée par le professeur Stafford Lightman de l'université de Bristol, a été menée sur 120 participants d'un âge moyen de 45 ans. Tous les participants avaient essayé au moins deux antidépresseurs différents sans succès (cliniquement classés comme « dépression résistante au traitement »). Soixante participants ont reçu du tocilizumab, et 60 un placebo.
Les résultats de l'étude ont été évalués après 12 semaines. Dans le groupe tocilizumab, 38 % des participants ont connu une réduction significative des symptômes de dépression (une baisse de cinq points ou plus sur l'échelle PHQ-9). Dans le groupe placebo, ce chiffre était de 16 %. Le profil d'effets secondaires a été jugé globalement acceptable.
Le professeur Lightman a souligné que les résultats sont importants mais nécessitent « une confirmation dans des études beaucoup plus larges ». « C'est la première preuve sérieuse que l'immunothérapie ciblant l'IL-6 peut être réellement efficace dans certaines formes de dépression. Mais il faut des essais de phase III pour transformer cela en traitement clinique », a-t-il déclaré.
Une hypothèse selon laquelle il pourrait y avoir un lien entre dépression et inflammation est avancée depuis un certain temps. Chez certains patients, la dépression serait une « affection à médiation immunitaire », avec une inflammation chronique de bas grade dans l'organisme qui atteint le cerveau et affecte les systèmes de l'humeur. Cette étude apporte un soutien concret à cette hypothèse.
L'un des participants à l'étude, qui s'est exprimé auprès de l'équipe de recherche de Bristol sans donner son nom, a déclaré : « J'ai essayé des antidépresseurs pendant des années et aucun n'a fonctionné pour moi. Après l'essai du tocilizumab, j'ai commencé à me sentir normal pour la première fois. C'est comme un miracle. » D'autres ont signalé des effets secondaires comme de légers maux de tête et de la fatigue.
Le coût du médicament se situe actuellement à environ 12 000 à 15 000 livres (environ 14 000 à 18 000 dollars) par an. Le NICE (National Institute for Health and Care Excellence) n'a pas encore examiné le tocilizumab en vue d'une approbation comme traitement de la dépression. À titre de comparaison, les antidépresseurs classiques coûtent 8 à 30 livres par mois au Royaume-Uni.
Des experts internationaux ont indiqué que les résultats sont importants mais précoces. Le Dr Stefan Holiga de la Harvard Medical School a déclaré : « Cette étude est une preuve de concept. L'usage clinique nécessitera au moins deux essais de phase III positifs et un processus d'approbation réglementaire. » L'essai de phase III devrait commencer en 2027.
La dépression est un problème majeur de santé publique qui touche 280 millions de personnes dans le monde. Jusqu'à 30 % des patients ne répondent pas correctement aux antidépresseurs existants. Le tocilizumab et les traitements immuno-médiés similaires pourraient offrir un nouvel espoir à ce vaste groupe de patients ; toutefois, les chercheurs ont souligné que tant que ces résultats ne seront pas confirmés dans des études plus larges, les patients ne doivent pas changer de médicament d'eux-mêmes. Les décisions de traitement doivent toujours être prises avec un clinicien qualifié.