Markets
EUR/USD1.1775 0.12%GBP/USD1.3618 0.06%USD/JPY156.66 0.06%USD/CHF0.7772 0.17%AUD/USD0.7244 0.15%USD/CAD1.3672 0.10%USD/CNY6.8157 0.21%USD/INR94.50 0.01%USD/BRL4.9164 0.05%USD/ZAR16.38 0.23%USD/TRY45.36 0.01%Gold$4,715.70BTC$80,676 0.65%ETH$2,327 0.94%SOL$93.11 1.26%
Histoire

La route du Pamir : héritage du Grand Jeu et frontière la plus solitaire au monde

Atlas Obscurail y a 5 h
Route sinueuse traversant un col enneigé
Photo: urtimud.89 / Pexels

La route du Pamir est l'une des routes internationales les plus élevées au monde, traversant le cœur intérieur de l'Asie centrale et grimpant à des cols situés à 4 655 mètres au-dessus du niveau de la mer, ouverts seulement quelques mois par an. L'itinéraire part de Hîsâr au Tadjikistan, longe les frontières afghane et ouzbèke, et se termine à Osh au Kirghizistan, en incluant 22 kilomètres de no man's land effectivement non gouverné entre les deux États, sans poste-frontière officiel.

La route a été planifiée pour la première fois en 1891 par le lieutenant-colonel russe Bronislav Grombchevsky. Il a rédigé un mémoire visant à convaincre le tsar Alexandre III qu'une route à travers le Pamir était le seul moyen de contrer la poussée britannique vers le nord depuis l'Inde. Cela s'inscrivait dans ce que l'on a appelé le Grand Jeu : tout au long du XIXe siècle, la Russie et l'Empire britannique se sont disputé l'influence sur les frontières tibétaine, afghane et pamirie de l'Inde britannique.

La construction débuta en 1912. Les ingénieurs tentèrent de poser une route moderne sur la piste marchande médiévale. Le Pamir ne se laissa pas faire : la légende locale dit que les montagnes prélevèrent un lourd tribut sur les ingénieurs. « Pas un seul ingénieur ni constructeur n'est revenu », dit une chanson populaire tadjike. L'asphalte moderne fut posé à l'époque soviétique, de 1934 à 1940. Le nom actuel de la route, « M41 », provient du système de numérotation autoroutier soviétique.

Les plus hauts cols de l'itinéraire incluent le col d'Akbaïtal (4 655 m) et le col de Kyzyl-Art (4 280 m). À Akbaïtal, la température reste inférieure à moins 30 degrés Celsius pendant sept mois de l'année. Pour les cyclistes, la saison ne s'ouvre que de fin juin à mi-septembre. L'oxygène à cette altitude correspond à environ 60 % du niveau de la mer ; les voyageurs non acclimatés ressentent fréquemment des symptômes du mal des montagnes.

La caractéristique la plus extraordinaire de la route est l'écart qui s'ouvre à la frontière tadjiko-kirghize. Après la fin du marquage frontalier officiel, 22 kilomètres défilent sans aucun poste de contrôle, bureau de douane, guérite ni registre de transit. La bande n'a pas été exploitée comme point de contrôle à l'époque soviétique, et depuis l'indépendance, aucun des deux États n'a fait de son administration une priorité. Les chauffeurs s'y trouvent périodiquement bloqués lors de tempêtes.

Les usagers actuels se répartissent en trois catégories : marchands locaux de bois et de laine, caravanes tadjiko-pakistanaises et cyclistes ou motards internationaux. Le trafic annuel est estimé à 12 000 véhicules au plus ; à titre de comparaison, les routes des monts Cilo en Turquie transportent des volumes similaires chaque semaine. Les haltes sur les cols se résument à des caravansérails de trois ou quatre tentes ; la plus élevée, sur la rive du lac Karakul, est l'arrêt de Saryash.

La géopolitique de la route s'est déplacée à l'ère post-soviétique. Au début des années 2000, dans le cadre de traités d'investissement avec le Tadjikistan, la Chine a réparé certains tronçons ; en 2014, une entreprise chinoise a refait 18 kilomètres autour du col d'Akbaïtal. L'initiative chinoise de la Nouvelle Route de la soie (BRI) a proposé en 2023 un connecteur supplémentaire passant par le Tadjikistan vers le Pakistan ; la proposition n'est pas encore en construction.

Sur le plan écologique, les abords de la route subissent ces dernières années la pression du changement climatique. Les glaciers du Pamir ont perdu 18 % de leur volume entre 2000 et 2024. Les éleveurs nomades de la vallée de Bartang, près de la route, disent que les pâturages se sont déplacés et que les anciens itinéraires d'été sont désormais sans neige. L'Académie des sciences du Tadjikistan a prévu en 2025 que sur les 1 456 glaciers du Pamir, 320 pourraient disparaître complètement dans la prochaine décennie.

Pour les voyageurs internationaux, la route est devenue légendaire. L'édition 2024 du Lonely Planet classe la route du Pamir parmi « les itinéraires moto les plus exigeants au monde ». Le voyageur britannique Adrian Bezzina est devenu, au printemps 2025, le premier Maltais à parcourir l'intégralité de la route à vélo ; dans son carnet, il écrivait : « J'ai traversé les 22 kilomètres de no man's land et c'était l'endroit le plus silencieux que j'aie jamais connu. Pas un oiseau, pas un moteur ; uniquement mon propre souffle et le vent. »

La route demeure aujourd'hui un exemple de la persistance, parfois contradictoire, des infrastructures de développement héritées de l'Union soviétique. Les budgets du Tadjikistan et du Kirghizistan sont insuffisants pour son entretien ; le capital d'infrastructure chinois est compétent mais extrait un prix géopolitique. L'héritage du Grand Jeu se poursuit jusqu'en 2026 dans les cols du Pamir - cette fois sous la forme d'une rivalité entre la Russie, la Chine et les États-Unis pour l'influence en Asie centrale. Aussi reculée soit-elle, cette route reste une pièce de la carte stratégique mondiale.

Cet article est un résumé éditorial assisté par IA basé sur Atlas Obscura. L'image est une photo d'archive de urtimud.89 sur Pexels.