Sabalenka écourte sa conférence de presse alors que les joueurs protestent contre la dotation de Roland-Garros

La numéro un mondiale Aryna Sabalenka a écourté sa conférence de presse au troisième jour de Roland-Garros, quittant la salle des médias du Caja Magica sept minutes avant la fin de son créneau de 12 minutes. La joueuse biélorusse a dit à l'attaché de presse 'je pourrai prendre les questions plus tard, mais en ce moment, cela n'a aucun sens', avant de quitter la salle.
L'action est lue comme une étape d'une négociation en cours sur la dotation entre la WTA Tour et la Fédération française de tennis (FFT). Cinq joueuses du top 10, dont Sabalenka, Iga Swiatek, Jessica Pegula et Elena Rybakina, participent selon le correspondant tennis de la BBC Russell Fuller à un protocole 'd'engagement limité'.
La FFT a annoncé la dotation totale 2026 de Roland-Garros à 56,3 millions d'euros. Les vainqueurs des simples messieurs et dames toucheront 2,4 millions d'euros, soit la parité sur ce tableau ; toutefois, la WTA estime que les allocations sur le double et l'épreuve par équipes laissent les joueuses globalement 17 % en retrait.
Le directeur général de la WTA, Steve Simon, a déclaré à la BBC dans un communiqué écrit que 'l'engagement limité avec les médias est un outil légitime que les joueuses peuvent choisir d'utiliser ; elles veulent faire entendre une voix organisée sans compromettre l'esprit sportif'. Simon a confirmé que les négociations avec son homologue à la FFT, Sergi Bruguera, étaient au point mort depuis mardi.
Le président de la FFT, Gilles Moretton, a affirmé en conférence de presse que 'les positions des joueuses sont respectées ; mais la structure de la dotation dépend d'accords de sponsoring qui évoluent chaque année, et nous ne pouvons pas la modifier par une seule entité'. Moretton a annoncé qu'il rencontrerait à nouveau vendredi le conseil mixte des joueurs et joueuses, dirigé par Iga Swiatek et Elena Rybakina.
La protestation a attiré l'attention d'anciennes stars du tennis. Billie Jean King a écrit sur X que 'voir les joueuses faire valoir leurs droits dans un cadre économique, c'est l'acte de naissance du tennis féminin'. Stacey Allaster, directrice générale de l'US Open, a déclaré dans un communiqué que 'la position de la WTA est la cristallisation d'années de conversation'.
Les dotations moyennes en simple dames sur le circuit WTA accusent cette saison un retard de 4,7 millions de dollars sur le circuit masculin. Sabalenka, l'une des rares joueuses à dépasser 10 millions de dollars de gains annuels, a déclaré que 'ce n'est pas personnel ; nous devons laisser un meilleur tableau à la prochaine génération'.
La protestation a aussi suscité une réaction du secteur de la presse. L'Association des journalistes sportifs a envoyé une lettre à la FFT affirmant que 'toute décision qui affecte les obligations médias des joueuses doit être transparente ; la presse fait également partie de l'histoire'. Plusieurs diffuseurs sont restés prudents, jugeant que l'action pourrait s'étendre en une version élargie d'un geste sur le court.
Sur le plan sportif, Sabalenka a battu Anastasija Sevastova 6-4, 7-5 mercredi et poursuit sa route vers le troisième tour. Elle affrontera la Chinoise Wang Xiyu, en wild-card, lundi matin. Il est trop tôt pour mesurer l'effet de l'action sur les résultats ; un panel d'entraîneurs estime toutefois que Sabalenka peut s'attendre à un accueil presse tendu.
La réunion FFT-WTA de vendredi avance vers une décision large qui pourrait définir le tournoi : un supplément de 4 millions d'euros pour le double dames est sur la table. L'issue de ces négociations pourrait constituer l'effet le plus durable de ces sept minutes manquantes en salle de presse.