L'accord à 1,5 milliard de dollars d'Anthropic se complique avec les objections d'auteurs

L'approbation de l'accord à 1,5 milliard de dollars entre la société d'intelligence artificielle Anthropic et un groupe d'auteurs a été reportée après les objections des auteurs estimant que les honoraires d'avocats proposés sont « disproportionnés ». Le juge fédéral Vince Chhabria a annoncé vendredi en audience que les objections des auteurs seraient examinées par le tribunal au cours des 30 prochains jours.
L'accord s'inscrit dans une action collective alléguant qu'Anthropic avait utilisé sans autorisation des œuvres d'auteurs protégées par le droit d'auteur pour entraîner son modèle. L'affaire, dite Bartz v. Anthropic, avance indépendamment de procédures similaires en cours contre OpenAI, créateur de ChatGPT. Environ 320 millions de dollars de l'accord devaient être versés aux cabinets d'avocats menant l'affaire.
Les 320 millions de dollars d'honoraires proposés par le conseil des auteurs représentent environ 21 % du montant total. Ce ratio est proche de la limite supérieure des standards d'honoraires admis par les tribunaux fédéraux américains dans les actions collectives. Certaines figures du groupe d'auteurs ont déposé devant le tribunal des écritures soutenant que cette somme a été « injustement prélevée sur un accord historique ».
Quatre écrivains très en vue dans l'objection — Ta-Nehisi Coates, Mary Gaitskill, John Banville et Susan Choi — ont indiqué que la finalité principale de l'accord était de protéger les auteurs d'un usage non autorisé dans l'entraînement IA, mais que la répartition actuelle laisserait un paiement moyen d'environ 1 500 dollars par auteur. Anthropic, de son côté, a confirmé que les objections ne visaient pas l'accord dans son ensemble.
Le PDG d'Anthropic Dario Amodei a déclaré la semaine dernière, lors des résultats, que l'accord était important parce qu'il « donne à l'entreprise le temps de réévaluer son infrastructure de conformité au droit d'auteur ». La société a indiqué avoir provisionné l'intégralité des 1,5 milliard de dollars sur ses charges 2025-2026 et que l'accord n'avait pas d'impact direct sur son compte de résultat.
À titre de comparaison, l'accord de 2008 « Google Books » entre Google et des auteurs avait fait l'objet d'un débat judiciaire similaire. À l'époque, des objections issues du groupe d'auteurs s'étaient élevées contre un accord de 125 millions de dollars ; le tribunal avait fini par rejeter l'accord. Le juge Chhabria a indiqué vendredi que « le précédent Google Books ne s'applique pas directement à ce dossier ; les principes de raisonnabilité des structures d'honoraires sont, eux, partagés ».
La partie structurelle de l'accord ne comprend pas d'engagement d'Anthropic de ne pas utiliser les œuvres des auteurs lors de l'entraînement des futurs modèles. L'entreprise a indiqué à la place que les œuvres dont les auteurs auront expressément demandé l'exclusion (option « opt-out ») ne seront pas incluses dans les flux de réentraînement. Cette approche s'aligne sur le mécanisme d'inspection des œuvres créatives prévu à l'article 53 du règlement européen sur l'IA.
Un récent rapport du US Copyright Office sur l'entraînement IA et le droit d'auteur encourageait les tribunaux « à élaborer une nouvelle interprétation de l'usage transformatif entre les sociétés d'IA et les secteurs créatifs ». L'accord Anthropic est enregistré comme la première affaire importante devant les tribunaux fédéraux américains à se référer directement à ce rapport.
Des observateurs en Europe estiment que cet accord aura aussi des conséquences sur les affaires d'IA sur le continent. Le dossier 2024 en Allemagne entre l'écrivain Andreas Wendt et la plate-forme Aleph Alpha s'est conclu par une décision judiciaire plutôt que par un accord ; mais la structure de l'accord Bartz v. Anthropic est utilisée comme cadre de référence pour des affaires similaires en Europe.
Après la réexamen de l'accord Anthropic par le tribunal dans les 30 prochains jours, une décision sur son approbation ou sa renégociation est attendue. Le groupe d'auteurs prépare une proposition supplémentaire pour réduire la part des honoraires d'avocats à 15 % si son soutien devant le tribunal s'accroît. Anthropic a indiqué au tribunal qu'elle « respectera tout résultat obtenu par les parties en accord raisonnable ».