Pourquoi une alimentation saine reste hors de portée pour un tiers de la population mondiale

Chaque année, l'annonce d'un recul de la faim dans le monde est généralement accueillie avec un certain optimisme, mais un nouveau rapport élaboré conjointement par cinq agences des Nations unies rappelle que la réalité est bien plus complexe. Selon ce rapport, 2,69 milliards de personnes dans le monde ne peuvent s'offrir une alimentation diversifiée répondant aux besoins énergétiques et nutritionnels de l'organisme — ce qui signifie qu'un tiers de l'humanité ne peut se permettre non seulement de manger suffisamment, mais de manger véritablement sainement.
Cette distinction compte. La faim se mesure généralement comme un déficit calorique, tandis qu'une alimentation saine est un concept bien plus large : elle exige un apport suffisant en protéines, vitamines, minéraux et fibres, soit une consommation régulière de fruits, légumes, légumineuses et produits laitiers. Le rapport montre que l'écart entre les deux ne s'est toujours pas comblé pour une large part de la population mondiale.
Les auteurs du rapport notent que la faim mondiale recule pour la troisième année consécutive — un signe encourageant qui pourrait indiquer un renversement de la longue tendance à la dégradation. Mais ces progrès sont inégalement répartis : la faim recule dans certaines régions, tandis que dans d'autres, les conflits, les chocs climatiques et la stagnation économique continuent d'aggraver la situation.
La principale raison pour laquelle une alimentation saine reste hors de portée tient à un déséquilibre dans le prix des différents groupes d'aliments. Les céréales et les féculents sont généralement bon marché et abondants, tandis que les fruits, légumes et produits laitiers — les piliers d'une alimentation équilibrée — absorbent une part bien plus importante du budget dans de nombreux foyers à faible revenu. Cela pousse les populations vers des régimes suffisants en calories mais pauvres sur le plan nutritionnel.
Le rapport souligne qu'atteindre l'objectif de faim zéro d'ici 2030 exigera un travail « immense ». Les auteurs estiment qu'il ne suffit pas d'augmenter simplement la production alimentaire ; les chaînes d'approvisionnement, les subventions agricoles et les systèmes de distribution doivent eux aussi être repensés pour rendre les aliments sains plus accessibles.
Les experts recommandent aux gouvernements d'accroître les incitations à la production de fruits et légumes, d'investir dans les infrastructures de chaîne du froid pour réduire le gaspillage, et de recourir à des interventions ciblées, comme les programmes d'alimentation scolaire, pour garantir aux enfants un accès précoce à une nourriture nutritive. De telles politiques se révèlent rentables, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.
Le rapport note également que le changement climatique complique encore la situation. Les événements météorologiques extrêmes rendent la récolte et le transport de produits périssables comme les fruits et légumes de plus en plus imprévisibles, ce qui accroît la volatilité des prix et rend l'alimentation saine encore moins accessible, en particulier en période de crise.
Les experts insistent sur le fait que le problème ne se limite pas aux pays à faible revenu. Même dans les pays riches, les communautés vivant dans ce que l'on appelle des « déserts alimentaires », où l'accès aux produits frais est limité, sont confrontées à un problème d'accessibilité similaire. Cela montre qu'une alimentation saine n'est pas seulement une question de revenu, mais aussi d'infrastructure et de distribution.
Les agences de l'ONU affirment que des progrès sont possibles, mais que la volonté politique doit être maintenue dans la durée. Au cours de la dernière décennie, certains pays sont parvenus à réduire significativement le coût d'une alimentation saine grâce à des subventions ciblées et des réformes agricoles — une preuve, selon le rapport, que des politiques similaires pourraient être appliquées à plus grande échelle.
En définitive, le rapport rappelle que le recul de la faim est un progrès qui mérite d'être salué, mais que l'objectif réel est bien plus élevé : non pas simplement remplir les estomacs, mais construire un monde où chacun peut accéder à une alimentation véritablement nourrissante.
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