En Angleterre, une nouvelle loi accorde aux habitants un droit d'achat prioritaire sur les biens locaux

Une nouvelle loi sur la propriété communautaire entrée en vigueur cette semaine en Angleterre accorde aux résidents locaux un droit d'achat prioritaire sur des biens locaux mis en vente ou menacés de fermeture. Publiée par le ministère du Logement, des Communautés et des Collectivités locales, la loi, surnommée Community Right to Buy, vise notamment les pubs, bibliothèques, salles communales, petits supermarchés et espaces publics ouverts.
Dans ce nouveau cadre, le propriétaire d'un bien éligible doit accorder à la communauté locale au moins six semaines de préavis avant la mise en vente. Pendant cette période, un groupe communautaire peut signaler son intérêt et bénéficier d'une fenêtre allant jusqu'à neuf mois pour réunir le financement, avec le droit de faire une offre à la valeur de marché.
La secrétaire d'État au Logement Angela Rayner, en déplacement à Salford, a déclaré : « C'est le moment où les habitants reprennent le pouvoir de façonner leur propre quartier. » Le ministère estime qu'au moins 350 groupes communautaires utiliseront ce mécanisme la première année pour reprendre un lieu menacé de fermeture.
L'exemple le plus parlant est celui du groupe communautaire de Bacup, dans le Lancashire, pour lequel la loi arrive au bon moment. Après la fermeture l'an dernier du Royal Hotel, un pub vieux de 200 ans, des habitants se sont constitués en association mais ont été bloqués pendant dix-huit mois par l'absence de leviers juridiques pour acheter le bâtiment. La nouvelle loi devrait raccourcir ce délai de plus de moitié.
Les recherches suggèrent que la fermeture des lieux sociaux locaux a un effet mesurable sur la santé des communautés. Un rapport 2024 de la London School of Economics a établi que sur la dernière décennie, chaque tranche de 100 pubs ou salles communales fermés correspond à une hausse d'environ 4 % du sentiment de solitude rapporté dans les quartiers à forte stabilité résidentielle. Une étude distincte du NHS dans le Nord-Est associait l'isolement social à une augmentation de 14 % du risque d'événements cardiovasculaires.
Les critiques de la loi soulèvent des préoccupations différentes. Tina McKenzie, secrétaire générale de la Federation of Small Businesses, a estimé que le dispositif « pourrait créer de l'incertitude pour les propriétaires » et « allonger les délais de vente ». Elle a ajouté que l'obligation de réunir le financement pourrait pénaliser surtout les communautés à faibles revenus. « Le droit est séduisant en théorie ; en pratique, les groupes communautaires de Bacup n'ont pas le même accès au capital que ceux de Knightsbridge », a-t-elle déclaré.
Plunkett UK, fondation d'entreprises communautaires soutenant la loi, projette que plus de 1 000 groupes locaux pourraient acquérir un bien sur 12 mois. La fondation recommande la création d'une facilité de financement-relais de 25 millions de livres pour soutenir les plus petites communautés ; sans ce fonds, l'effet d'aubaine bénéficiera surtout aux zones plus aisées, estime-t-elle.
Sur le plan opérationnel, la loi réorganise aussi le processus d'enregistrement des Assets of Community Value (ACV) auprès des conseils locaux. Auparavant réservé aux groupes communautaires formellement enregistrés, l'enregistrement ACV sera désormais accessible à toute association de quartier comptant au moins 21 membres. Le ministère promet de basculer la procédure en ligne et de réduire le délai moyen de traitement de six à deux semaines.
Côté santé, un rapport de Public Health England de l'an dernier indique que les adultes vivant dans des quartiers à fort « capital social passerelle » — un indice qui dépend partiellement de la présence d'espaces communautaires mixtes — déclarent environ 21 % de cas de dépression de mi-parcours en moins que ceux des quartiers à faible capital. Les défenseurs de la loi avancent ces chiffres comme un argument de santé publique qui dépasse la simple dimension économique.
Le premier test concret est attendu dans les prochains jours à Saxmundham, dans le Suffolk, où un groupe communautaire a engagé la procédure pour racheter une bibliothèque locale fermée. Le groupe a déjà réuni 180 000 livres ; dans la fenêtre de neuf mois prévue par la loi, il espère lever les 140 000 livres restantes sur un total estimé à 320 000 livres. Le résultat fournira la première donnée réelle sur le fonctionnement de la loi.