La réformatrice de la Première Guerre mondiale qui a poussé l'Amérique à accueillir les immigrants — et à les assimiler

Au début du XXe siècle, les États-Unis connaissaient l'une des plus grandes vagues d'immigration de leur histoire. Alors que des millions de nouveaux arrivants venus de toute l'Europe s'installaient dans les grandes villes pour y bâtir une nouvelle vie, des points de vue nettement divergents émergeaient quant à la manière dont le pays devait gérer cette transformation.
Au cœur de ce débat se trouvait Frances Kellor, une figure de proue du mouvement réformiste de l'ère progressiste. Formée au droit et fortement engagée dans le travail de réforme sociale, Kellor consacra une grande partie de sa carrière à la question de l'intégration des immigrants dans la société américaine.
Avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale, la loyauté de la population immigrée américaine devint une préoccupation nationale. Le pays se préoccupait de plus en plus de savoir dans quelle mesure les immigrants venus des nations européennes en guerre étaient réellement attachés à leur patrie d'adoption.
Dans ce contexte, Kellor mena les efforts pour organiser une célébration appelée le Jour de l'américanisation. L'événement visait à encourager les immigrants à célébrer la citoyenneté américaine et à adopter les valeurs de leur nouveau pays.
L'approche de Kellor, selon les critères de son époque, était à double tranchant. D'un côté, elle affirmait que les immigrants étaient les bienvenus en Amérique et acceptés comme faisant partie de la nation. De l'autre, cette acceptation était implicitement conditionnée au fait que les immigrants abandonnent en grande partie leur propre identité culturelle au profit d'un mode de vie américain.
Cette insistance sur l'« assimilation » tranchait nettement avec la conception plus multiculturelle des débats migratoires d'aujourd'hui. Kellor et ses contemporains estimaient que l'unité nationale ne reposait pas sur la coexistence de cultures différentes, mais sur le ralliement autour d'une identité américaine commune et unique.
Les motivations du mouvement n'étaient pas purement excluantes. Kellor s'opposait aussi à des groupes ouvertement anti-immigrants, affirmant que les immigrants constituaient une composante précieuse de la société américaine. Mais ce plaidoyer visait avant tout à pousser les immigrants à se conformer aux normes américaines plutôt qu'à défendre leur droit de préserver leurs différences.
Les célébrations du Jour de l'américanisation évoluèrent au fil des années vers des cérémonies officielles organisées dans des villes à travers tout le pays. Les immigrants y répétaient leur serment de citoyenneté lors de ces événements publics, souvent en présence de responsables locaux et de figures communautaires.
Les historiens évaluent aujourd'hui l'héritage de Kellor sous un angle complexe. Elle reste dans les mémoires comme une figure progressiste qui s'opposait aux discours ouvertement excluants envers les immigrants, tout en défendant une vision assimilationniste qui présentait la différence culturelle elle-même comme quelque chose à faire disparaître.
L'histoire de Kellor reflète une tension qui perdure aujourd'hui : la question de savoir comment une société « accueille » les immigrants reste, comme à l'époque, étroitement liée à celle de savoir à quel point ces immigrants sont censés changer.
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