Élisabeth Báthory était-elle vraiment une tueuse en série ? Ce qu'en disent les historiens

Élisabeth Báthory reste dans les mémoires comme l'une des figures de « monstre » les plus tristement célèbres de l'histoire : une comtesse de la Hongrie des XVIe et XVIIe siècles que l'on disait avoir torturé de jeunes femmes jusqu'à la mort, allant même jusqu'à se baigner dans leur sang pour préserver sa jeunesse. Les historiens réexaminent cependant les sources à l'origine de cette légende.
Báthory appartenait à l'une des familles nobles les plus puissantes et les plus riches de Hongrie à l'époque. Apparentée à la famille royale, la dynastie Báthory possédait de vastes domaines et une influence politique considérable en Hongrie et en Transylvanie. Élisabeth elle-même était instruite et parlait plusieurs langues.
En 1610, à la mort de son mari, une enquête officielle fut ouverte contre Báthory. Des témoins l'accusèrent de violences et de tortures envers de jeunes servantes travaillant dans sa maisonnée. À l'issue de l'enquête, elle fut confinée dans une partie de son château, où elle demeura jusqu'à sa mort.
Les archives judiciaires de l'époque reposaient en grande partie sur des témoignages extorqués sous la torture, ce qui, selon les historiens, rend la fiabilité de ces déclarations profondément sujette à caution. Báthory elle-même ne fit jamais l'objet d'un procès en bonne et due forme ; elle fut punie directement par décret royal.
Des historiens comme Shelley Puhak soutiennent qu'une partie au moins des accusations portées contre Báthory ne peut être évaluée indépendamment du contexte politique de l'époque. Après la mort de son mari, Báthory était une veuve puissante, seule à contrôler une fortune considérable et de vastes domaines — une situation perçue comme une menace tant par la couronne que par des familles nobles rivales.
Parmi ceux à qui Báthory devait de l'argent figurait le roi lui-même. Certains historiens suggèrent que la saisie des biens de la comtesse pourrait avoir constitué l'un des mobiles sous-jacents des accusations, sans que cela signifie pour autant que les allégations de violence étaient entièrement infondées.
Les détails les plus sensationnels, dont la légende des bains de sang, apparaissent pour la première fois dans des textes rédigés des décennies après la mort de Báthory, et se sont enrichis avec le temps à mesure qu'ils entraient dans la culture populaire. Les documents judiciaires contemporains ne comportent aucune trace de ce détail précis.
Cela dit, les historiens n'affirment pas qu'aucune violence réelle envers les servantes n'a eu lieu dans son domaine. Dans l'ordre social de l'époque, la violence des nobles envers leurs serviteurs était courante et restait généralement impunie ; ce qui est contesté, c'est l'ampleur des accusations et l'origine du récit exagéré spécifiquement attaché à Báthory.
Cette réévaluation ne vise pas à prouver l'innocence de Báthory, mais à interroger la manière dont s'est constituée la trace historique. Les historiens examinent comment une affaire fondée sur des témoignages extorqués sous la torture et sur les intérêts de rivaux politiques a fini, des siècles plus tard, par être acceptée comme un « fait » établi.
L'affaire Báthory est perçue comme un rappel que les archives historiques ne sont jamais entièrement détachées des rapports de pouvoir. Les historiens soulignent que, comme dans des cas similaires, ignorer le contexte politique et économique d'une époque risque de conduire à une lecture fondamentalement erronée du passé.
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