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Histoire

Cité Frugès à Pessac: l'expérience de logement ouvrier de Le Corbusier de 1926, un siècle plus tard

Atlas Obscurail y a 12 h
Rangées de maisons cubiques blanches modernistes en France en plein jour
Photo: Jean-François Poivey / Pexels

La Cité Frugès dans la ville française de Pessac est un point de référence significatif dans l'histoire de l'architecture moderniste. Construite entre 1924 et 1926 pour l'usine de l'industriel sucrier Henri Frugès, cette communauté de logements ouvriers de 51 unités est présentée par Atlas Obscura comme l'un des premiers projets dans lesquels l'architecte franco-suisse Le Corbusier a appliqué ses « Cinq points d'une nouvelle architecture » (pilotis, fenêtre en bandeau, toit-terrasse, plan libre, façade libre) à l'échelle d'un seul projet de logement.

La conception de Le Corbusier (de son vrai nom Charles-Édouard Jeanneret-Gris) constituait une rupture audacieuse avec les traditions architecturales locales de l'époque. Des masses blanches et cubiques, des toits plats, de larges fenêtres en bandeau et plus encore — au lieu d'un agencement villageois, des blocs alignés le long de rues-corridors — semblaient étrangers aux habitants locaux. L'historienne de l'architecture bordelaise Prof Catherine Boutonnet a déclaré à Atlas Obscura: « Lorsque la Cité Frugès a été construite, elle était moqueusement désignée comme le « style marocain » ou les « maisons cubes ». »

L'idée du projet est née de la vision d'Henri Frugès. L'industriel sucrier voulait offrir à ses ouvriers un logement sain et moderne, distinct des solutions d'abri traditionnelles. Frugès a rendu visite à Le Corbusier en 1923 et a décidé de financer directement l'idée d'une « architecture moderne pour une république moderne ». La correspondance Frugès-Le Corbusier conservée aux Archives architecturales de Bordeaux documente l'histoire intellectuelle du projet.

La phase de construction a dépassé le budget; au final, seules 51 unités ont pu être achevées au lieu des 130 prévues dans le plan original. Après l'emménagement des premiers résidents vers 1929, les modifications apportées par les résidents eux-mêmes — fenêtres saillantes larges, toits en pente, peinture colorée — ont déçu Le Corbusier; pourtant elles ont révélé une dynamique de participation des usagers que l'architecte n'avait pas prise en compte.

Avec le mouvement de conservation qui a commencé dans les années 1980, des travaux pour rapprocher les maisons de la conception originale de Le Corbusier ont commencé. La municipalité de Pessac a encouragé les propriétaires à revenir à la palette de couleurs originale (rouge, bleu, jaune, blanc) et à l'intégrité géométrique. Ces travaux se sont étalés sur environ 30 ans et ont été largement achevés dans les années 2010. La présidente d'ICOMOS France, Anne-Sophie Maslin, a déclaré: « Le processus de restauration de la Cité Frugès est un exemple vivant de préservation du patrimoine architectural moderne. »

Le Comité du patrimoine mondial de l'UNESCO a inclus la Cité Frugès dans l'inscription en série de Le Corbusier intitulée « L'œuvre architecturale de Le Corbusier, une contribution exceptionnelle au Mouvement moderne » en 2016. Cette série couvre 17 œuvres de Le Corbusier dans 7 pays; la Cité Frugès est l'une des quatre œuvres en France (les autres étant la Villa Savoye à Poissy, l'Unité d'habitation à Marseille et Notre-Dame du Haut à Ronchamp). La candidature à l'inscription a été présentée conjointement par la France, la Suisse, l'Allemagne, la Belgique, l'Inde, le Japon et l'Argentine.

Aujourd'hui, environ 35 des 51 maisons de la Cité Frugès sont encore utilisées comme résidences, tandis qu'une partie sert de musée et de centre éducatif. Le musée Maison Frugès-Le Corbusier a ouvert en 2007; il reçoit en moyenne 8 500 visiteurs par an. Le maire de Pessac, Franck Raynal, a déclaré dans un communiqué: « La Cité Frugès fait partie de l'identité culturelle de notre ville, et constitue en même temps un point important du tourisme architectural. »

L'héritage sociologique de la Cité Frugès fait également l'objet d'études. Le sociologue de l'ENS Paris-Saclay Mathieu Hilgers a noté que le projet constitue une étude de cas importante sur la relation entre la classe sociale et l'architecture. La vision de Le Corbusier du « logement moderne pour le prolétariat moderne » a influencé de manière significative les politiques européennes du logement du XXe siècle; le projet de l'Unité d'habitation à Marseille (1947-1952) est une application plus large de cette vision.

En termes de patrimoine architectural, la Cité Frugès est le premier exemple majeur dans lequel l'ensemble des Cinq points d'une nouvelle architecture de Le Corbusier ont été combinés dans un seul projet de logement. Les pilotis (laisser le rez-de-chaussée ouvert), les toits plats, les fenêtres en bandeau horizontales, la façade libre et les intérieurs à plan libre sont devenus des points de référence clés de l'architecture du logement du XXe siècle.

En termes d'expérience de visite actuelle, la ville est à 25 minutes en tramway du centre de Bordeaux; les visiteurs peuvent suivre une visite guidée au musée Maison Frugès-Le Corbusier et voir les maisons environnantes à distance. Pour les visiteurs intéressés par la classe sociale, le modernisme architectural et le processus de conservation de l'UNESCO, la Cité Frugès conserve sa valeur comme lieu pour observer comment une vision établie il y a un siècle s'est traduite à l'époque actuelle.

Cet article est un résumé éditorial assisté par IA basé sur Atlas Obscura. L'image est une photo d'archive de Jean-François Poivey sur Pexels.