Résurgence de la rougeole : pourquoi un pays qui l'avait presque vaincue compte 120 000 cas

Le Bangladesh, longtemps cité en exemple pour sa lutte contre la rougeole et salué par les organismes de santé mondiaux pour avoir porté sa couverture vaccinale à des niveaux records, traverse aujourd'hui l'une de ses pires épidémies depuis des décennies. Les autorités sanitaires font état de près de 120 000 cas et de centaines de décès d'enfants ces derniers mois. Les hôpitaux de Dacca et des villes de province sont débordés, des enfants malades étant soignés à même le sol dans des couloirs surpeuplés.
Les experts affirment que ce renversement de situation aurait semblé impensable il y a dix ans. Au milieu des années 2010, le Bangladesh avait porté la couverture vaccinale à deux doses au-delà de 90 %, un chiffre salué par l'Organisation mondiale de la santé. Mais les perturbations de la vaccination de routine pendant les années de pandémie, la pénurie d'agents de santé en zone rurale et une hésitation vaccinale croissante ont progressivement érodé cette couverture. Selon le ministère de la Santé, le taux de deuxième dose est tombé sous les 70 % dans certains districts.
La rougeole compte parmi les maladies les plus contagieuses connues, capable de se propager par des gouttelettes qui peuvent rester en suspension dans l'air d'une pièce fermée pendant des heures après la toux ou l'éternuement d'une personne infectée. À mesure que l'immunité collective s'affaiblit, le virus trouve de larges occasions de se propager rapidement parmi les enfants non vaccinés. Selon les observations de la BBC dans les services hospitaliers, les cas les plus graves touchent surtout les nourrissons de moins de deux ans.
Le personnel hospitalier, en première ligne, décrit un épuisement et des pénuries de moyens. Une infirmière a confié à la BBC que son service a dû traiter des dizaines d'enfants fiévreux et couverts d'éruptions cutanées en une seule garde, les réserves d'oxygène frôlant la rupture certains jours. Pneumonie et encéphalite figurent parmi les principales causes de décès, ces infections secondaires se révélant souvent aussi dangereuses que la rougeole elle-même.
Les autorités sanitaires ont lancé des campagnes de vaccination d'urgence pour tenter d'enrayer la propagation. Des équipes mobiles font du porte-à-porte dans les villages reculés, et des points de vaccination temporaires ont été installés dans les écoles et les marchés. Mais les autorités reconnaissent que restaurer la confiance perdue est plus difficile que d'assurer l'approvisionnement en vaccins. Certains parents, influencés par la désinformation circulant sur les réseaux sociaux, restent réticents à faire vacciner leurs enfants.
Les organismes de santé internationaux considèrent la situation au Bangladesh comme un signal d'alarme mondial. Les cas de rougeole augmentent dans le monde entier depuis plusieurs années, une tendance qui ne se limite pas aux pays à faible revenu : des risques similaires apparaissent partout où la couverture vaccinale a reculé. Les experts décrivent la rougeole comme une maladie sentinelle, souvent la première à réapparaître dès qu'une faille s'ouvre dans le système de vaccination d'une population.
La rapidité de l'épidémie met aussi à rude épreuve les systèmes de santé dans leur ensemble. Certains hôpitaux régionaux du Bangladesh affirment que la hausse des cas de rougeole ne leur laisse plus guère de capacité pour les autres urgences. Les médecins estiment que l'épidémie constitue bien plus qu'une crise de santé publique : c'est un test de résistance pour l'ensemble du système de santé.
Un autre facteur de propagation est la migration et les mouvements de population. Une vague de migration interne vers les villes a concentré des populations surpeuplées et sous-vaccinées dans des quartiers informels, créant des conditions favorables à la propagation du virus. Les agents de santé indiquent qu'assurer un suivi vaccinal cohérent dans ces zones reste logistiquement très difficile.
Les experts avertissent qu'un renversement similaire pourrait survenir ailleurs. Bien que le vaccin contre la rougeole soit très efficace, le maintien de l'immunité collective exige une couverture constamment supérieure à environ 95 % ; en deçà de ce seuil, les épidémies deviennent quasiment inévitables. L'expérience du Bangladesh illustre à quel point ce seuil peut être fragile.
Les autorités espèrent que des campagnes de vaccination supplémentaires dans les mois à venir ralentiront l'épidémie. Mais les agents de santé soulignent qu'une solution durable exigera bien plus qu'une réponse d'urgence : elle demandera un effort soutenu pour restaurer la confiance du public dans la vaccination de routine.
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