Des squelettes vieux de 3 500 ans bousculent ce que la science savait de la syphilis

L'origine réelle de la syphilis reste l'un des débats les plus anciens de l'histoire de la médecine. Un camp soutient que la maladie serait passée des Amériques vers l'Europe après les voyages de Christophe Colomb ; un autre affirme qu'elle existait dans l'Ancien Monde bien avant, simplement non reconnue comme une maladie distincte. Des restes squelettiques découverts au Vietnam, datés d'environ 3 500 ans, apportent aujourd'hui un élément inattendu à ce débat.
Les chercheurs ont trouvé des traces de bactéries de la famille Treponema dans ces restes — le même genre bactérien responsable de la syphilis. Mais cette famille comprend aussi le pian, une maladie tropicale non transmise sexuellement qui affecte la peau et les os. Les lésions osseuses observées suggèrent une transmission de la mère à l'enfant, probablement pendant la grossesse ou l'accouchement.
Cette distinction compte énormément pour les scientifiques. La transmission mère-enfant a historiquement été interprétée comme une signature propre à la syphilis, puisque celle-ci est connue pour se transmettre sexuellement et pouvoir passer d'une mère à son enfant à naître. Or, la nouvelle découverte montre que des maladies apparentées non transmises sexuellement, comme le pian, peuvent apparemment suivre une voie de transmission mère-enfant similaire.
Cela compte car cela affecte directement la manière dont les archéologues interprètent les traces de maladies dans les restes anciens. Si un squelette présente des signes de transmission mère-enfant et que les scientifiques les attribuent automatiquement à la syphilis, cela risque de produire une chronologie erronée ou une histoire incorrecte sur l'origine géographique de la maladie. La nouvelle découverte suggère que ce type d'interprétation doit être fait avec bien plus de prudence.
La famille bactérienne Treponema regroupe des espèces étroitement apparentées, difficiles à distinguer même par analyse ADN. Syphilis, pian, pinta et béjel proviennent tous du même genre bactérien mais présentent des voies de transmission et des symptômes différents. L'ADN ancien, souvent dégradé et fragmentaire, rend cette distinction encore plus difficile.
La découverte vietnamienne est significative en partie parce que l'Asie du Sud-Est reste une région relativement peu étudiée dans le débat sur l'origine de la syphilis, qui s'est surtout concentré sur des restes provenant d'Europe et des Amériques. Le fait que ces restes datent d'environ 3 500 ans — soit des milliers d'années avant l'arrivée de Colomb en Amérique — suggère que cette famille de maladies pourrait déjà avoir existé en Asie à l'époque précolombienne, bien que les chercheurs prennent soin de préciser qu'il pourrait s'agir d'une maladie apparentée plutôt que de la syphilis elle-même.
Les chercheurs soulignent que cette découverte ne résout pas définitivement le débat sur la syphilis, mais qu'elle ajoute un nouvel élément précieux à une conversation de longue date. Les prochaines étapes consistent notamment à appliquer des techniques d'ADN ancien plus avancées pour déterminer plus précisément quelle espèce bactérienne était présente dans les restes — des techniques devenues nettement plus sensibles ces dernières années, capables de distinctions autrefois impossibles.
Cette recherche a aussi un écho en médecine moderne : le pian demeure aujourd'hui un véritable problème de santé publique dans certaines régions tropicales, touchant particulièrement les enfants, et l'Organisation mondiale de la santé mène un programme visant à l'éradiquer complètement. Comprendre l'histoire de plusieurs millénaires de cette famille bactérienne apporte un contexte scientifique utile aux efforts d'éradication actuels.
En définitive, ces restes vieux de 3 500 ans transforment l'histoire de la syphilis et de ses maladies apparentées en un tableau bien plus complexe qu'une simple question d'« avant ou après Colomb ». Pour les scientifiques, l'enseignement principal est qu'interpréter les traces anciennes de maladies exige de tenir compte de toute la diversité de cette famille bactérienne.
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