Histoire

Les Romains de Pompéi savaient-ils qu'ils étaient condamnés ? Ce que dit l'archéologie

HistoryExtrail y a 15 h
Une rue pavée parmi les ruines de Pompéi sous un ciel couvert.
Une rue pavée parmi les ruines de Pompéi sous un ciel couvert.Photo: Bogdan Giurca / Pexels

En août ou octobre 79 apr. J.-C. — la date exacte fait toujours débat — le Vésuve est entré en éruption et a enseveli Pompéi, Herculanum et les agglomérations voisines sous les cendres et les coulées pyroclastiques. On estime que 2 000 à 15 000 personnes ont péri. Depuis dix-neuf siècles, les archéologues posent la même question : les habitants avaient-ils perçu les signes annonciateurs de la catastrophe ?

HistoryExtra publie un entretien avec Gabriel Zuchtriegel, directeur du Parc archéologique de Pompéi, et un récapitulatif des découvertes de la décennie. La réponse est nuancée. De nombreux signes étaient présents, et la population en a noté plusieurs — mais le concept moderne de « menace volcanique » n'existait pas encore.

Le regard romain sur le Vésuve apparaît, à l'aune actuelle, étrange. Les écrivains antiques — notamment Strabon (Ier siècle av. J.-C.) et Vitruve (Ier siècle av. J.-C.) — décrivent la montagne comme un volcan actif. Strabon évoque un sommet portant des roches « aux allures de pierre brûlée » et des cavernes ; Vitruve cite des preuves d'éruptions antérieures. Mais la dernière éruption datait d'environ 600 av. J.-C. ; le volcan était silencieux depuis sept siècles avant 79 apr. J.-C. Pour les habitants, c'était un sol fertile et une forêt étendue, pas un volcan.

En 62 apr. J.-C., un séisme majeur frappe Pompéi. Sénèque le décrit en détail dans ses Naturales Quaestiones : il détruit une grande partie de la ville. La reconstruction occupera les décennies suivantes. Les archéologues estiment qu'au moment de l'éruption de 79, Pompéi était encore un chantier ouvert, avec plus de la moitié des maisons en restauration.

Dans les années suivant le séisme, les secousses plus légères se sont poursuivies. Dans sa célèbre lettre à Tacite, Pline le Jeune écrit que, dans les jours précédant l'éruption, « les petites secousses » étaient devenues banales et que la population n'y prêtait plus guère attention. Sa formule est révélatrice : « ces secousses étaient très fréquentes en Campanie ». Elle indique que les habitants ne lisaient pas les tremblements comme un signe majeur.

La dernière décennie d'archéologie pompéienne a apporté de nouvelles données. Les fouilles de l'Insula dei Casti Amanti ont mis au jour des traces selon lesquelles, dans les jours précédant l'éruption, des puits s'étaient asséchés, des animaux avaient fui, des ceps de vigne s'étaient flétris de manière inhabituelle. Pour un volcanologue, ce sont des signes typiques de la remontée du magma. Mais les Romains ne disposaient pas de la science permettant d'interpréter cet ensemble comme un « avertissement volcanique » cohérent.

La lettre de Pline le Jeune est le récit le plus détaillé de la journée elle-même. Dans l'après-midi, écrit-il, un grand nuage s'éleva de la montagne ; sa forme rappelait un pin parasol. Son oncle, Pline l'Ancien, commandait la flotte romaine de Misène ; à la vue du nuage il envoya des navires évacuer les habitants. Il devait lui-même périr dans l'éruption.

Les preuves archéologiques de fuite et de résistance sont variées. Beaucoup des squelettes retrouvés à Pompéi gisent à l'intérieur de maisons verrouillées, avec leurs bijoux : des personnes qui ont voulu fuir au dernier moment sans y parvenir. À Herculanum, environ 300 squelettes ont été trouvés dans un abri à bateaux en bord de mer : ces personnes attendaient des navires lorsque la coulée pyroclastique les a rattrapées. Elles espéraient pouvoir partir « lorsque la marée tournerait et que les vagues seraient plus calmes ».

Beaucoup d'autres sont restés chez eux ou ont tenté de fuir trop tard. Les signes avaient été sous-estimés ; la population n'a pas saisi l'ampleur de la menace. Pour un volcanologue moderne, le Vésuve traversait une « crise de sept jours » durant laquelle l'évacuation était possible. Pour les Romains de l'Antiquité, la même crise pouvait se lire comme un présage religieux, un événement naturel ordinaire ou un signe prophétique.

La leçon que tire Gabriel Zuchtriegel est que les Romains n'avaient pas les outils intellectuels pour comprendre ce qu'était le Vésuve. Ils ignoraient ce qu'étaient les volcans, comment se comportait le magma, ce que signifiaient les signes pré-éruptifs. Pourtant, les données de la dernière décennie suggèrent qu'une partie de la population sentait que quelque chose n'allait pas, a essayé de partir et est simplement arrivée trop tard.

Vue d'ensemble : les Pompéiens ne « savaient » pas qu'ils étaient condamnés — il n'existait pas de cadre cognitif équivalent. Mais ils ont ressenti les alertes, ont été troublés par les séismes et les signes étranges, ont préparé leurs maisons, rassemblé leurs bijoux. Les historiens présentent l'histoire comme un cas tragique de la façon dont une population se comporte face à une catastrophe naturelle qu'elle n'a aucun cadre scientifique pour interpréter.

Cet article est un résumé éditorial assisté par IA basé sur HistoryExtra. L'image est une photo d'archive de Bogdan Giurca sur Pexels.

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