Certains récifs coralliens pourraient-ils survivre au réchauffement ? Les scientifiques cherchent les exceptions

Les récifs coralliens couvrent à peine 0,1 % de la surface océanique mondiale, mais hébergent environ un quart des espèces marines. Selon les données de la NOAA, depuis 1998, environ la moitié des récifs coralliens mondiaux ont disparu ou subi des dégâts sérieux. Ars Technica raconte le travail des scientifiques qui cherchent des coraux tolérants à la chaleur et qui mesurent cette tolérance en laboratoire.
Les coraux sont des animaux simples qui vivent en symbiose avec des algues unicellulaires (zooxanthelles). Ces algues fournissent 90 % de l'énergie du corail par photosynthèse et lui donnent ses couleurs caractéristiques. Quand la température de l'eau dépasse un seuil — généralement 1 °C au-dessus de la moyenne locale à long terme du corail — pendant plusieurs semaines, le corail expulse les algues. C'est le « blanchissement corallien ». Si les algues ne reviennent pas, le corail meurt de faim.
Les températures océaniques mondiales atteignent des niveaux records depuis 2023. La Grande Barrière de corail australienne a connu en 2024 son quatrième épisode de blanchissement de masse ; aux Caraïbes, la NOAA a qualifié le blanchissement 2023-2024 d'« inédit ».
Que cherchent les scientifiques ? L'une des équipes suivies par Ars Technica étudie les coraux subtropicaux de l'île de Lord Howe, au large de l'Australie. Ces coraux subissent historiquement une plus large plage de températures, ce qui pourrait leur conférer un avantage génétique en termes de tolérance thermique. Une étude de 2024 menée par l'Australian Institute of Marine Science (AIMS) montre que la population de Lord Howe affiche une tolérance supérieure de 1,2 à 1,5 °C par rapport aux populations standards de la Grande Barrière.
Un deuxième front porte sur les coraux des eaux profondes et des zones intertidales du Pacifique. Un projet de l'université de Hawaii a montré que les coraux proches de Pearl Harbor subissent quotidiennement des écarts thermiques pouvant atteindre 8 °C ; cette population « super-résiliente » réagit à la chaleur avec bien plus de souplesse que les coraux océaniques standards.
Une troisième approche s'intéresse aux algues symbiotiques elles-mêmes. Les coraux peuvent héberger différentes lignées de zooxanthelles, dont certaines sont plus tolérantes à la chaleur. Une équipe australienne transfère vers les coraux une lignée tolérante, Symbiodinium glynnii — démarche informellement qualifiée de « probiotique pour corail ». Les premiers résultats en laboratoire sont prometteurs.
Quatrième front : la sélection génétique. Le Reef Restoration and Adaptation Program de l'AIMS élève des larves de coraux en conditions contrôlées, sélectionne les familles tolérantes à la chaleur et fait grandir leurs descendances en laboratoire. La méthode est décrite comme des « super-coraux sélectivement construits ». La limite pratique est que le cycle de reproduction prend des années, et que la diversité génétique doit être préservée.
Les chercheurs émettent toutefois un avertissement : aucune de ces approches n'est un « sauveur de récif ». Le biologiste de Stanford Stephen Palumbi indique que même le programme le plus performant ne modifie pas vraiment le taux annuel de mortalité corallienne. La vraie solution est de limiter le réchauffement climatique ; les adaptations de laboratoire ne sont qu'un appui.
Le coût est une autre question. Les pépinières de coraux requièrent 5 à 10 millions de dollars par an ; les coraux replantés doivent ensuite être suivis pendant des années. Un article paru en 2024 dans Nature Climate Change conclut qu'à coût actuel, une restauration récifale à grande échelle ne peut pas maintenir l'ensemble du patrimoine corallien mondial.
Vue d'ensemble : les coraux sont le cas test le plus visible des effets du réchauffement sur les océans. La perte de récifs affecte la pêche (1 à 1,5 milliard de dollars par an), la protection côtière (les récifs amortissent les tempêtes tropicales) et le tourisme (environ 36 milliards par an). Pour la communauté scientifique, la protection des récifs n'est pas seulement un enjeu scientifique : elle est aussi sociale et économique.
À la fin du reportage d'Ars Technica, les chercheurs précisent que les travaux sur les super-coraux ne remplacent pas la lutte contre le réchauffement, ils ne font que gagner du temps. Combien de temps ? Selon les calculs actuels, si le plafond de 1,5 °C tient, les coraux tolérants à la chaleur pourraient préserver environ 30 % du patrimoine récifal mondial. Au-delà, aucune adaptation ne pourra prévenir des pertes globales.
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