Toutes les start-up de fusion ayant levé plus de 100 millions de dollars : où le capital privé a porté la fusion nucléaire

La fusion nucléaire a longtemps été décrite comme « à trente ans », et ce depuis plus d'un demi-siècle. Mais ces cinq dernières années, l'afflux de capitaux privés a commencé à changer la donne. La liste exhaustive de TechCrunch rassemble les 14 start-up de fusion ayant franchi le seuil des 100 millions de dollars de financement. Le capital privé total atteint désormais environ 9 milliards de dollars, contre près d'un milliard il y a cinq ans.
En tête, Commonwealth Fusion Systems (CFS), spin-off du MIT créée en 2018, a levé près de 2 milliards de dollars. Son réacteur SPARC mise sur des aimants supraconducteurs à haute température pour réduire la taille du tokamak. Parmi ses investisseurs : Breakthrough Energy Ventures (Bill Gates), Google et Tiger Global.
Deuxième position pour Helion Energy, avec 1,4 milliard levés. Son approche s'écarte du tokamak classique : un système hybride pulsé inertiel-magnétique. La société a signé avec Microsoft un contrat de fourniture de 50 MW pour 2028, première vente commerciale d'énergie de fusion à ce jour. Son directeur général, David Kirtley, vise une mise en production en 2028.
TAE Technologies (1,2 milliard) suit en troisième position. Son approche bore-proton vise à minimiser la production de neutrons et la charge de déchets radioactifs. Parmi ses investisseurs : Google, Vulcan et NEA.
Sur le volet du confinement inertiel par laser, trois acteurs émergent. Focused Energy a levé 800 millions, First Light Fusion 500 millions et Marvel Fusion 400 millions. Tous trois ont attiré les financeurs privés après le succès historique de l'« ignition » du NIF en 2022. Focused Energy est issue d'une équipe de l'université Texas A&M basée en Allemagne.
Côté confinement magnétique, des approches de plus petite taille — Tokamak Energy (600 millions, Royaume-Uni), General Fusion (500 millions, Canada), Renaissance Fusion (300 millions, France) et Marvel Fusion — se disputent le terrain. Tokamak Energy revendique une compression plasma plus efficace avec son tokamak sphérique compact.
Proxima Fusion (Allemagne, 280 millions) se distingue par son approche de type stellarator. Les stellarators ont une géométrie magnétique plus complexe que les tokamaks mais permettent un confinement continu du plasma. Proxima est issue du Max Planck Institute et capitalise sur l'expérience du stellarator Wendelstein 7-X.
Du côté des designs plus expérimentaux, Avalanche Energy (200 millions) développe un concept de petit réacteur modulaire ; un réacteur de la taille d'un réfrigérateur permettrait, si la cible est atteinte, un modèle de production distribuée. Xcimer Energy (150 millions) parie sur une conception à laser excimère.
Les trois derniers noms — Type One Energy, Realta Fusion et Pacific Fusion — se situent autour de 100 à 150 millions, à un stade plus précoce. Type One Energy est un autre projet de stellarator, Realta Fusion explore le confinement à miroir, Pacific Fusion suit la voie inertielle.
Vue d'ensemble : 14 entreprises, 9 milliards de dollars, au moins six architectures de réacteur distinctes. Le secteur s'est nettement diversifié par rapport à il y a cinq ans. L'analyse de TechCrunch retient qu'aucune conception n'a encore prouvé qu'elle produira une énergie nette positive à l'échelle commerciale — mais la confiance du capital privé laisse penser qu'au moins quelques designs atteindront le stade du réacteur pilote dans les années 2030.
La question critique n'est pas le capital mais la physique : énergie nette positive (Q>1), plasma soutenu sur la durée, cycle économique du tritium, chaîne d'approvisionnement à coût raisonnable pour les aimants et matériaux. La feuille de route mise à jour en 2025 par le département américain de l'Énergie estime qu'un réacteur de fusion commercial avant 2035 reste irréaliste. Si l'objectif d'Helion en 2028 se concrétise, il pourrait pourtant accélérer ce calendrier.
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