Cancers du rein autour d'une usine de PFAS dans le Lancashire : un signal d'alarme pour les autorités

Une analyse de données portant sur deux décennies de cas dans un petit district industriel du nord-ouest de l'Angleterre livre un constat qui inquiète les habitants. Selon le Guardian, les taux de diagnostic du cancer du rein dans un rayon d'environ 10 km autour de l'usine de PFAS de Thornton-Cleveleys, dans le Lancashire, dépassent de 24 % la moyenne britannique.
Les PFAS — substances per- et polyfluoroalkyles, surnommées « polluants éternels » — forment une famille de composés présents dans les vestes de pluie, les poêles antiadhésives, les traitements de moquette ou les mousses d'extinction d'incendie, et qui résistent à la dégradation dans l'environnement. Les épidémiologistes ont, ces dix dernières années, publié des études reliant la présence de PFAS dans le sang à certains cancers (notamment du rein et du testicule), à des troubles thyroïdiens et à un poids de naissance plus faible.
L'étude citée par le Guardian a été menée par des épidémiologistes de l'université de Lancaster. À partir des données anonymisées du registre du cancer du NHS Lancashire, l'équipe a comparé l'ensemble des diagnostics de cancer du rein autour de Thornton-Cleveleys entre 2003 et 2023 avec les chiffres nationaux. Après ajustement pour l'âge, le sexe et le statut socio-économique, le taux d'incidence dans la zone d'étude atteint 15,2 pour 100 000 habitants, contre une moyenne britannique de 12,3.
La professeure Hannah Sterling, qui a dirigé les travaux, estime que les résultats « ne suffisent pas à établir une causalité, mais portent un signal trop clair pour être ignoré ». Elle évoque des études animales montrant l'accumulation de PFAS dans le tissu rénal et appelle à un durcissement des normes britanniques de surveillance de l'eau et du sol.
L'entreprise qui exploite le site, AGC Chemicals Europe, a réagi après la publication. Elle indique que la production respecte toutes les limites fixées par l'Environment Agency, que les niveaux de PFAS dans l'eau potable autour du site sont restés sous les seuils nationaux ces cinq dernières années, et qu'elle commandera une évaluation indépendante. L'entreprise rappelle aussi que la production à Thornton-Cleveleys a été progressivement déplacée des PFAS à longue chaîne vers des alternatives à chaîne courte.
Un porte-parole de l'Environment Agency précise que le programme actuel de surveillance des PFAS a été élargi en 2024 mais que l'agence n'a pas encore évalué les nouvelles données épidémiologiques. La limite britannique pour les PFAS totaux dans l'eau potable est actuellement de 0,5 μg/L — plus souple que la limite européenne de 0,1 μg/L et bien supérieure à la limite américaine de 4 ng/L pour les composés spécifiques PFOA/PFOS.
Des conseillers municipaux et des associations de patients ont réclamé un programme national de dépistage. Le cancer du rein dépisté à un stade précoce affiche une survie à cinq ans supérieure à 80 %, alors qu'à un stade tardif elle tombe à 14 %. Des tests urinaires bon marché et de l'imagerie ciblée seraient applicables pour des groupes à risque identifiés.
Les spécialistes nationaux de santé et d'environnement estiment que les résultats ont relancé un débat plus large. L'Union européenne a publié fin 2024 un projet de restriction qui interdirait la plupart des composés PFAS ; le Royaume-Uni développe son propre cadre post-Brexit mais n'a pas encore rendu public un dispositif comparable.
Le cas du Lancashire fait écho à un débat plus mondial. Les grands fabricants — 3M, Chemours, Solvay — ont annoncé ces dernières années une réduction de leurs volumes de PFAS ; aux États-Unis, le Minnesota a conclu un accord de 10,3 milliards de dollars avec 3M. Au Royaume-Uni, la voie judiciaire pour des actions similaires reste très peu explorée.
Le reportage du Guardian remet les PFAS à l'agenda politique britannique. Le ministère de la Santé a annoncé une analyse comparative des données de diagnostic avec les travaux de Lancaster, dont les résultats sont attendus fin 2026. D'ici là, les habitants de Thornton-Cleveleys vivent entre les conclusions universitaires et les assurances de l'industriel.
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