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Le journaliste qui a combattu la corruption avec un outil rarement utilisé dans l'histoire américaine : la vérité pure et simple

Smithsonian Historyil y a 3 h
Une ancienne presse à imprimer utilisée pour produire des journaux du début du XXe siècle
Une ancienne presse à imprimer utilisée pour produire des journaux du début du XXe sièclePhoto: Digital Buggu / Pexels

Au tournant du XXe siècle, les gouvernements des villes américaines fonctionnaient, dans bien des cas, comme des extensions de machines politiques échangeant faveurs, contrats et protection contre des votes et de l'argent, un système si normalisé dans certaines villes que le dénoncer exigeait moins d'ingéniosité d'enquête qu'une simple et constante volonté de dire clairement ce que tout le monde savait déjà en privé. Lincoln Steffens, un journaliste dont les méthodes tenaces et la prose sans concession lui valurent, selon les mots de l'un des barons politiques qu'il visait, la réputation d'un « escroc devenu honnête », a bâti sa carrière sur exactement cette volonté.

Steffens est arrivé au journalisme depuis un parcours en philosophie académique, ayant étudié en Europe avant de revenir aux États-Unis et de se lancer dans le journalisme à New York. Ce qui le distinguait de nombre de ses contemporains n'était pas l'accès à des documents secrets ou à des sources cachées, bien qu'il ait cultivé les deux avec le temps, mais un engagement éditorial à décrire la corruption municipale dans un langage direct et sans ambiguïté, plutôt que dans les termes vagues et euphémiques qu'employaient généralement les journaux respectables de l'époque pour couvrir la politique locale.

Sa percée est venue d'une série d'articles, plus tard rassemblés dans le livre « The Shame of the Cities », qui examinaient la corruption à Saint-Louis, Minneapolis, Pittsburgh, Philadelphie et dans d'autres grandes villes américaines. Plutôt que de traiter la corruption comme un scandale isolé confiné à un seul mauvais acteur, Steffens la présentait comme une caractéristique systémique de la gouvernance urbaine, montrant comment les intérêts commerciaux, les barons politiques et, dans bien des cas, les électeurs ordinaires avaient tous développé une relation de fonctionnement avec la corruption qui rendait la réforme difficile même lorsque les faits répréhensibles étaient largement connus.

Ce cadrage était en soi significatif. La couverture de presse antérieure de la corruption municipale se concentrait souvent sur des scandales individuels, un fonctionnaire soudoyé ici, un contrat truqué là, traités comme des aberrations d'un système par ailleurs fonctionnel. Steffens soutenait l'inverse : que la corruption était le système lui-même, entretenue par un réseau d'intérêts mutuels entre fonctionnaires corrompus, entreprises bénéficiant de contrats favorables, et citoyens tolérant l'arrangement parce qu'il fournissait des services ou des emplois, aussi inefficacement ou injustement répartis fussent-ils.

Le terme « muckraking », qui en vint à définir Steffens et une cohorte de contemporains dont Ida Tarbell et Upton Sinclair, fut forgé de façon quelque peu méprisante par le président Theodore Roosevelt dans un discours de 1906, empruntant à « Le Voyage du pèlerin » de John Bunyan l'image d'un homme si obsédé par le ratissage de la boue qu'il ne pouvait lever les yeux pour voir une couronne céleste au-dessus de lui. Le propos de Roosevelt était qu'une concentration implacable sur la dénonciation des méfaits, sans attention correspondante à une réforme constructive, risquait de devenir elle-même une forme de distorsion. Les muckrakers eux-mêmes, et de nombreux historiens plus tard, considéraient l'étiquette assez différemment : comme une description exacte d'un travail nécessaire et peu glorieux, qui rendait la réforme ultérieure possible en établissant d'abord, dans un registre public sans ambiguïté, exactement ce qui devait être réformé.

La méthode de Steffens, qui reposait moins sur l'enquête sous couverture que sur des entretiens directs avec les fonctionnaires et hommes d'affaires dirigeant réellement les systèmes corrompus, dont beaucoup lui parlaient avec franchise, parfois avec une sorte de fierté résignée quant à leur propre efficacité, produisit un journalisme remarquable par la mesure dans laquelle les méfaits étaient confirmés par les propres mots de ceux qui les commettaient plutôt que reconstitués à partir de sources anonymes. Cette franchise, présentant la corruption comme un fait avéré plutôt qu'une allégation, explique en partie la force que son journalisme possédait et que le journalisme plus prudent et euphémique de l'époque manquait généralement.

Le mouvement muckraking plus large que Steffens contribua à définir alimenta directement les réformes de l'ère progressiste qui suivirent, une période de la politique américaine définie par des efforts pour professionnaliser l'administration gouvernementale, réglementer les pratiques commerciales et réduire l'influence directe des machines de parti sur la gouvernance municipale. Bien qu'aucune série d'articles de presse ne puisse à elle seule revendiquer le mérite d'une réforme politique structurelle, les historiens attribuent généralement au journalisme muckraking la création de la prise de conscience publique et de la pression politique qui rendirent politiquement viables des réformes précises, des exigences de fonction publique à l'application des lois antitrust, d'une manière qu'elles ne l'avaient pas été auparavant.

Plus d'un siècle plus tard, l'intuition centrale de Steffens, selon laquelle décrire les méfaits de manière simple et précise, sans éditorialiser ni euphémiser, peut constituer en soi une forme d'action politique, demeure une prémisse fondatrice du journalisme d'investigation. Ce qui rendait son travail distinctif à son époque n'était pas tant une technique de reportage inédite qu'une volonté d'énoncer des faits sur le pouvoir et la corruption qui étaient, en un sens, déjà connus des initiés mais n'avaient jamais été imprimés avec un tel degré de précision brute.

Cet article est un résumé éditorial assisté par IA basé sur Smithsonian History. L'image est une photo d'archive de Digital Buggu sur Pexels.

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