Un médicament à base de cuivre élimine les protéines toxiques d'Alzheimer chez la souris

Un nouveau composé à base d'ions cuivre développé par des chercheurs de l'Académie chinoise des sciences a éliminé les plaques d'amyloïde-bêta et les protéines tau hyperphosphorylées caractéristiques de la maladie d'Alzheimer dans des cerveaux de souris, et restauré la mémoire à un niveau proche de celui de témoins en bonne santé. Les résultats sont parus dans le Journal of the American Chemical Society.
L'équipe, dirigée par le Pr Wang Xin, a conçu un transporteur cuivre-peptide capable de franchir la barrière hémato-encéphalique. L'ion cuivre contribue à rompre les liaisons entre les fibrilles d'amyloïde-bêta ; le même composé réduit également la phosphorylation anormale des protéines tau. Après huit semaines de traitement, les souris ont obtenu environ 92 % de la performance des témoins aux tests de mémoire standards.
À la différence des approches classiques de chélation, l'équipe ne cherche pas à retirer le cuivre du cerveau mais à l'équilibrer. Un excès de cuivre cérébral peut être toxique, mais le cuivre en quantités traces est nécessaire au fonctionnement synaptique normal. Le nouveau transporteur peptidique préserve l'homéostasie du cuivre.
La maladie d'Alzheimer est la cause la plus fréquente de démence dans le monde, touchant environ 55 millions de personnes. La FDA américaine a approuvé le lecanemab en 2023 et le donanemab en 2024, mais le débat se poursuit sur leur efficacité et leur profil de sécurité. La nouvelle étude pointe vers un mécanisme chimique différent.
Les travaux antérieurs sur le rôle du cuivre dans Alzheimer s'étaient surtout intéressés à sa contribution à la maladie. Cette étude suggère qu'avec le bon contexte moléculaire, le cuivre peut aussi devenir un outil thérapeutique. La conception du composé oriente le cuivre vers les agrégats d'amyloïde sans le libérer dans le cerveau.
Le Dr Bruce Miller, neurologue à Berkeley, non impliqué dans l'étude, qualifie les résultats de « prometteurs, mais encore au stade murin ». Il rappelle l'écart important entre cerveau de souris et cerveau humain et estime qu'il faudra au moins deux ans de plus de travaux de sécurité et de dose. Miller souligne que beaucoup d'approches non-anticorps ont échoué au stade des essais humains.
L'équipe Wang précise qu'elle a aussi analysé le profil d'effets secondaires. Huit semaines de traitement n'ont montré aucun signe de toxicité hépatique ou rénale, et l'accumulation de cuivre est restée dans des limites acceptables. L'équipe note que l'impact à long terme demandera des essais plus larges.
Les traitements anticorps actuels présentent plusieurs inconvénients : administration intraveineuse, coût élevé et effets secondaires comme l'œdème cérébral. Un composé à ions cuivre offre l'avantage d'une taille moléculaire plus réduite et d'une administration orale potentielle. L'équipe Wang travaille à présent à une formulation orale.
Le Dr Susan Mitchell, de l'Alzheimer's Society, qualifie ce travail de « diversification de la boîte à outils ». Mitchell rappelle que la dernière décennie s'est concentrée sur les anticorps amyloïdes, alors qu'un véritable progrès suppose de poursuivre plusieurs mécanismes en parallèle. Elle souligne également le besoin d'approches ciblant la pathologie tau.
Les prochaines étapes sont des essais sur petits primates puis des essais cliniques de phase précoce. L'équipe Wang a signé un accord de licence avec une biotech chinoise et pourrait déposer un dossier de Phase 1 début 2027. Des dépôts parallèles aux États-Unis et dans l'UE sont à l'étude.
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